Ce défaut est particulièrementaudible dans la cabalette de son air où deux aigus sont allègrementfaits en voix de tête. La distribution excellente estbien entendu dominée par une Cecilia Bartoli coquine et complexéedont la virtuosité se passe de commentaire. Avoirles notes et la technique ne fait pas la couleur d’un personnage et onest très, très, très loin d’une Lucia Valentini-Teranni.Bref !
Rossini, La Cenerentola -turin
Il en va de même pour sa sœur Clorinda, fièrement campée par la soprano Alice Rossi dont on apprécie l’art du faire-valoir. Une réussite telle qu’on aurait souhaité voir dans la salle certains metteurs en scène chevronnés qui, d’une montagne de moyens et d’une débauche d’intentions fumeuses réussissent à accoucher de souris. La voix dont le fort na jamais résidédans l’abondance d’harmoniques est ici détimbrée, accusanttrès nettement le poids des années.
Rossini, La Cenerentola — Toulon
Privé de la scène d’exposition qui révèle la vanité et la mesquinerie des personnages, on peut néanmoins affirmer que ces deux artistes, dotées de voix qui courent bien dans l’espace et à l’étendue suffisante pour leur rôle, ont un tempérament scénique certain, et l’ovation qu’elles ont reçue aux saluts en témoigne. La distribution, qui réunit une belle brochette de jeunes talents, est légitimement dominée par Beth Taylor dans le rôle-titre ; sa voix de mezzo particulièrement chaude et vibrante, parfaitement timbrée, très agile dans les vocalises, parvient à se faire entendre entre toutes les autres sans forcer le volume à force de clarté dans la diction. Cette proximité est largement soulignée par le travail de mise en place extrêmement précis réalisé par le jeune chef Giulio Cilona, lauréat en 2022 du concours de direction d’opéra de Liège. Les mouvements des personnages sont peu travaillés, la plupart des airs sont chantés immobiles face au public, ce qui facilite le travail du chef d’orchestre, certes, mais n’est guère propice à la fluidité scénique du spectacle. On a le plaisir de retrouver Patrick Kabongo dans ce rôle dont il ne fait qu’une bouchée délicieuse à savourer pour les auditeurs, avec la retenue et les élans qui rendent le personnage touchant, et l’agilité et l’extension vocale qui donnent cette impression de facilité consubstantielle des exigences rossiniennes.
Rossini, La Cenerentola – Luxembourg
Quand des sonorités sont nasales, quand les notes périlleuses sont émises à l’arraché, d’autres prudemment transposées, quand l’agilité s’essouffle, quand le chant syllabique s’escamote, quand la voix est grossie pour faire un effet, doit-on approuver ? Mais faut-il se satisfaire d’entendre chanter Rossini sans éprouver l’ivresse que donnerait l’illusion de la facilité, partie intégrante du bel canto ? Rossini lâche la bride à son ironie pour camper au bout de sa plume des personnages dont certains sont des marionnettes, Angelina exceptée.
Alessandro Corbelli, habituédu rôle de Dandini (nous l’avons notamment entendu à Parisau Palais Garnier aux côtés de Joyce Di Donato), est cettefois Don Magnifico, d’un comique irrésistible et toujours aussibien chantant (il m’a apparu notablement plus fatigué dans le récentCoside Garnier).
Aucune réserve, en revanche, pour la direction d’Edmon Colomer, à elle seule un vrai motif de satisfaction. Convaincante, Jose Maria Lo Monaco tarde à le devenir tant la voix semble d’abord petite et la projection modeste ; mais peu à peu elle se réchauffe et, bien que ni le timbre ni l’agilité ne nous captivent, elle séduit par sa probité et sa musicalité car elle ne cherche ni à enfler ni à noircir sa voix, et mène à bien l’épineux finale, où la virtuosité est l’expression même de la vertu triomphante. On pourra objecter que les nombreux rappels à la fin du spectacle sont un démenti à nos impressions.
Cette architecture, Alberto Zedda la voyait comme un des témoignages les plus indiscutables du génie du compositeur qui, a 25 ans, maîtrise magistralement les tempi, les suspendant ou les accélérant selon les situations, avec une économie de moyens qui ébahit tant elle produit d’effets sur l’auditeur. Leur duo, faut-il le redire, est d’une drôlerie totalement séduisante. Si nous avons manqué son premier air, où sans s’en rendre compte le personnage expose sa balourdise satisfaite, celui du deuxième acte comble parce que la diction est parfaite, le chant syllabé est d’une clarté impeccable, la rapidité labiale intacte et la composition scénique toujours aussi impressionnante, d’une expressivité efficace qui évite les surcharges. La voix sonne bien, sans excès de puissance, mais est-elle la basse noble que nous aimons ? Ni déhanchements ni désordre, mais un mouvement collectif comme on pourrait en voir dans une revue qui s’accorde à la situation, une belle contribution au spectacle.
Mais ces options, si elles nous semblent inutiles car étrangères à l’œuvre conçue par Ferretti et Rossini, ne sont pas profondément nuisibles. De même Alidoro est souvent une présence muette mais non moins agissante, flanqué d’une fillette probablement rescapée de l’adaptation initiale, qu’il semble initier par l’exemple à l’usage des pouvoirs magiques dont ses mains semblent pourvues. Ces évolutions, pour gracieuses qu’elles soient, distraient https://www.themoviedb.org/u/hazcasino de l’écoute musicale, en particulier dans la scène de l’orage – illuminée par Vladi Spigarolo – où les danseuses qui ploient sous les éléments déchaînés interviennent dans la salle. En adulte, on peut regretter le choix de la référence esthétique, la Cinderella de Walt Disney, dont la dernière image du Prince enlaçant Cendrillon est presque une citation, regretter aussi les apparitions de créatures féminines censées être des fées, qui réintroduisent la magie que le librettiste avait éliminée. La production, qui vient de Florence, est née d’un spectacle participatif, une adaptation conçue en 2017 pour des enfants qui en étaient à la fois les figurants, les choristes et les spectateurs.
Markenrezepte Bei Chefkoch
Cette évolution , l’interprète semble l’avoir parfaitement comprise et sa sûreté technique lui permet de faire flamboyer l’éblouissant final belcantiste que Rossini, parachevant ainsi l’architecture de l’œuvre, a conçu pour le triomphe d’ Angelina. Angelina, après Rome, Bâle et avant Paris, est Vasilisa Berzhanskaya, dont les lyricomanes connaissent désormais la richesse vocale qui lui permet de mettre à son répertoire aussi bien des rôles de soprano que des rôles de contralto. En tout cas sa tenue de scène a l’élégance physique qu’on associe à l’élégance morale du personnage.

Leave a Reply